Mercredi 26 décembre 2007

         Al Bangura ... Ce nom ne doit pas vous évoquer grand chose. En Grande-Bretagne, son nom émoit le monde footbalistique et l'opinion publique en général. Ce jeune joueur de football sierra-léonais, âgé de 19ans, risque d'être reconduit dans son pays natal, alors même qu'il n'a plus aucune attache familiale. Arrivé à l'âge de 15 ans en Grande-Bretagne, son statut de réfugié a été supprimé puisqu'il a atteint l'âge de la majorité. Les autorités britanniques ayant refusé de lui accorder le statut de réfugié permanent, Al Bangura se retrouve en situation irrégulière et est désormais expulsable.


L'affaire Bangura n'est pas un cas isolé ; chaque jour, des centaines d'immigrants, en Grande-Bretagne comme en France, voient leur statut modifié et se retrouvent sans titre de séjour ou selon l'expression la plus commune et peut-être la plus parlante : "sans-papiers". D'ailleurs, cette expression fait parfaitement ressortir la privation engendrée par ce statut : être "sans-papiers" ne signifie pas uniquement être illégalement présent sur un territoire donné ; cette notion dépasse le cadre légal et suggère une privation quotidienne liée à l'extrême précarité causée par une telle situation. Etre "sans-papiers" est également synonyme d'absence de devoirs mais surtout de droits : n'étant pas reconnus légalement par les autorités étatiques, les sans-papiers ou encore clandestins, "clandestini" en italien ou "harraga" en espagnol ne peuvent faire valoir aucun droit, excepté les Droits de l'Homme, dont le concept a été utilisé comme bouclier par les associations aidant, défendant et protégeant dans la mesure du possible les sans-papiers afin d'éviter tout type d'abus. Malheureusement, à l'heure actuelle, les clandestins ne sont pas à l'abri de quelconque escroquerie ou tromperie, notamment de la part de leurs employeurs. Profiter d'une situation précaire à des fins économiques peut être une tentation (augmenter la productivité au mépris du respect de la personne humaine demeure un des problèmes liés à la recherche de maximisation du profit), comme en témoigne le dernier exemple notoire, Buffalo Grill, qui a été plongé dans la tourmante en mai dernier, suite aux plaintes déposées par les sans-papiers qui travaillaient au sein d'un établissement de la chaîne de restauration. Etant monté au créneau, Buffallo Grill a finalement été blanchi des accusations d'exploitation.
Ce type d’abus est inhérent à la condition clandestine, puisque par définition, un sans-papier n’est ni couvert ni protégé. Disposant d’aucun moyen de pression, pour vivre et surtout éviter l’expulsion, un clandestin est souvent obligé d’accepter des conditions de travail difficiles voire intolérables.

  En effet, la peur, pour ne pas dire la psychose d’un sans-papier est la reconduite à la frontière ; aujourd’hui, ce sentiment apparaît de plus en plus justifié, étant donné qu’une « chasse aux sorcières » a été lancée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. La création du Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Co-développement a accentué la « traque » des clandestins. Une véritable logique du chiffre s’est installée : Brice Hortefeux, Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité Nationale et du Co-Développement (assez agaçant à écrire ce nom de Ministère !), avait annoncé l’expulsion de 25 000 sans-papiers d’ici la fin de l’année mais ce chiffre ne sera sûrement pas atteint. Pour 2008, 28 000 sans-papiers devraient être expulsés selon les chiffres du Ministère. Cependant, cette logique du chiffre pose plusieurs problèmes majeurs corrélés les uns aux autres ; fixer un objectif chiffré met sous pression le Ministère et peut favoriser certaines dérives. Vouloir parvenir à tout prix à un quota d’expulsions afin de respecter les prévisions établies par le Ministère et éviter un échec politique gouvernemental peut conduire à des mesures peu orthodoxes voire déplacées ou dénuées de sens. Ainsi, en octobre dernier, le gouvernement avait demandé aux ASSEDIC et à l’ANPE d’effectuer des contrôles identitaires afin de « démasquer » les sans-papiers. Les syndicats des deux organismes ont protesté et refusé de répondre favorablement à cette requête, jugeant inadéquat cette proposition et répliquant qu’aucun rôle policier ne devait leur être conféré. Néanmoins, cet exemple illustre la « chasse aux sorcières » qui s’est mise en place ; les contrôles de papier sont de plus en plus fréquents et créent un climat de suspicion, néfaste pour le développement d’une société harmonieuse. Le risque est d’aboutir à une paranoïa générale, résultant de raccourcis dangereux, où immigration serait confondue avec clandestinité et la France assimilée à un Etat xénophobe. Ce climat de psychose, qui entoure à la fois les sans-papiers (peur d’être expulsé) ainsi que les autorités étatiques et policières (nécessité de respecter les prévisions fixées par le Ministère) mène à un second écueil : la déshumanisation du clandestin. Les sans-papiers risquent de ne plus être perçus comme des Hommes mais comme de vulgaires chiffres. Ce type de raisonnement peut mener à des situations difficilement conciliables avec l’Ethique et le respect de la personne ; en effet, en étant expulsés, certains sans-papiers qui avaient fui leur pays pour des raisons politiques se trouvent menacés à nouveau tandis que des familles se retrouvent brisées (thématique du regroupement familial et du co-développement qui pourraient faire l’objet d’un développement prochainement).
 
D’un point de vue identitaire, les conséquences peuvent être désastreuses ; l'expulsion entraîne une perte de repères, déjà limités au périmètre familial, dans la mesure où être en situation irrégulière exclut l’immigrant de la société « accueillante ». D’ailleurs, un des enjeux des revendications des sans-papiers est identitaire. L’objectif est de ne plus être considéré comme les parias de la société afin de pouvoir s’insérer. Ainsi, en mars 1996, quelques sans-papiers s’étaient emparés de l’Eglise Saint Bernard dans le XVIIIème arrondissement de Paris, afin de mettre en valeur leurs revendications. Leur opération a été un véritable succès puisqu’ils ont su attirer l’attention de l’opinion publique, notamment en jouant sur la symbolique et sur la médiatisation de l’événement (par exemple, une grève de la faim avait été entamée). Néanmoins, dans les sociétés développées, l’insertion passe par la reconnaissance de Droits qui passe elle-même par l’attribution de la nationalité, de la citoyenneté ou tout du moins d’un statut temporaire (comme celui de réfugié politique). Or, par définition, le sans papier n’a ni la nationalité ni la citoyenneté de l’Etat « accueillant » et est privé de tout statut ; il est donc enfermé dans un cercle vicieux, auquel seul l’Etat « accueillant » peut mettre fin, en lui accordant la nationalité ou en définissant son statut.
 
Quelles sont donc les solutions envisageables pour pallier à ces problèmes ? Une première réponse est la régularisation massive des sans-papiers. Dans les années 60, il s’agissait d’un leitmotiv gouvernemental afin de répondre au besoin de main d’œuvre lié à la reconstruction de l’Après-Guerre. Aujourd’hui, cette solution apparaît idéaliste tant l’opinion sur les clandestins et sur l’immigration en général a changé ; thème popularisé puis manipulé par l’extrême droite dans les années 80, aujourd’hui assimilé couramment aux problèmes qui touchent la société française, l’immigration n’a plus la cote. Même la majorité des partis de gauche qui était traditionnellement en faveur de la régularisation massive des sans-papiers est aujourd’hui réfractaire à ce procédé, la théorie du « cas par cas » semblant transcender les clivages politiques (les difficultés de l’économie française et le changement de l’opinion publique sur l’immigration expliquent en partie ce revirement de tendance). Une deuxième solution, simple dans son esprit mais très primaire, consiste à expulser tous les clandestins et à stopper l’immigration. Cette réponse apparaît également idéaliste et peu envisageable, notamment à l’échelle nationale, car elle supposerait le déploiement de moyens financiers et logistiques trop importants. Cependant, au niveau européen, il existe une réelle volonté de freiner l’immigration et de limiter l’afflux de sans-papiers, comme en témoignent les orientations en matière d’immigration lors des sommets européens ou lors des rencontres bilatérales entre chefs d’Etat (l’une des problématiques récurrentes étant de savoir comment lutter contre l’immigration illégale). Aujourd’hui, la doctrine dominante est celle du « cas par cas ». Il s’agit d’étudier toutes les demandes et de répondre favorablement à celles qui apparaissent légitimes et justifiées. Cette définition confère à cette doctrine une certaine élasticité : en effet, les autorités peuvent agréer massivement aux demandes des immigrants (la théorie du « cas par cas » est alors un instrument favorable à l’immigration) ou à l’inverse se montrer réticentes à accéder à leurs requêtes (la théorie du « cas par cas » est alors un frein à l’immigration). Dans le contexte actuel, les Etats européens, en particulier la France, tendent clairement vers cette direction. La théorie du « cas par cas » est utilisée à la fois comme un moyen pour expulser les sans-papiers mais également pour freiner l’immigration, notamment en durcissant les conditions d’accès au statut de réfugié et en allongeant le parcours administratif. En somme, si la France n'a pas pour objectif de reconduire à la frontière l’ensemble des clandestins, l'Etat s'est néanmoins engagé dans une "chasse aux sorcières" et dans un processus visant à freiner l'immigration, qui s'est intensifié depuis l'élection de Nicolas Sarkozy.


           Ainsi, les sans-papiers, qui font la une de l’actualité par intermittence et dont les médias ont tendance à oublier leur présence et la précarité de leur condition, se préparent à vivre une année 2008 bien difficile ; la volonté politique conjuguée à une opinion publique plutôt défavorable laissent présager un nombre d’expulsions supérieur à celui prévu par le Ministère, à savoir 28 000. Dans ce contexte, les clandestins sont condamnés à vivre dans les interstices de la société afin de se protéger ou à mener une action médiatique de grande envergure, comme en 1996, dans le but d’éclairer leur condition et d’être de nouveau placés sous les feux des projecteurs.

 

 

par Cyril publié dans : France & Société
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Mardi 11 décembre 2007

         Mogadiscio, capitale de la Somalie, est sûrement l'exception qui confirme la règle en Afrique ; alors que toutes les capitales africaines ne cessent de croître à un rythme exhorbitant, posant des problèmes d'aménagement du territoire aux gouvernements, Mogadiscio ne cesse de se dépeupler (350 000 personnes auraient fui la capitale somalienne entre février et septembre 2007 et 173 000 l'auraient quittée au cours des deux premières semaines de novembre).

Ce constat n'est pas le fruit du hasard et devrait attirer l'attention des médias, d'autant plus que cette fuite massive traduit une détérioration rapide et profonde de la situation humanitaire. Les conditions de vie sont devenues plus qu'inssuportables pour les habitants de la capitale, qui préfèrent fuir leur modeste domicile et se retrouver à la rue plutôt que de rester à Mogadiscio. L'insalubrité s'est généralisée à l'ensemble de la ville et les ruines se succèdent les unes aux autres (cf image 1). Véritable paysage lunaire, Mogadiscio est presque devenue une ville-fantôme.

                                                     Mogadiscio-ordure.jpg
                               Image 1 : Amoncellement des ordures, insalubrité et ruines ... Mogadiscio ...
                                                                                       (source RFI) :

Les habitants de la cité somalienne survivent, se débrouillant comme ils peuvent pour se procurer les denrées alimentaires de première nécessité, que représentent la banane et le maïs ainsi que pour avoir accès aux sources d'énergie comme l'électricité. Ainsi, le chaos et l'anarchie sont devenus les maîtres mots de la capitale, comme le symbolise l'agencement des fils électriques qui recouvrent les façades des habitations et tissent un voile au-dessus des citadins (cf image2).

                                                              mogadiscio-electrique.jpg
                                          Image 2 : Si seulement Superman pouvait remplacer Spiderman ...
                                                                                      (source RFI) :

Néanmoins, le plus dramatique réside dans l'insécurité permanente et le climat de psychose dans lequel sont plongés les citadins. En effet, depuis 1991, la capitale somalienne n'a pas connu de grand répis ... La guerre civile, sur fond de rivalités claniques, a déferlé sur Mogadiscio par vagues successives, plongeant la cité dans un chaos presque total. L'intervention de l'ONU en 1992, suivie de l'intervention américaine en 1993 sous égide onusienne, se sont révélées être de véritables fiascos, abandonnant finalement la capitale aux assaults des différentes guérillas. Comment expliquer  que Mogadiscio cristallise les conflits? D'abord, d'un point de vue symbolique, s'emparer de la capitale est une question de prestige et affaiblit l'adversaire ; mais l'enjeu primordial pour les guérillas est d'établir une administration centrale à partir de la capitale, capable de réunifier la Somalie (éclatée en provinces autoproclamées indépendantes comme le Puntland en 1998 : cf carte1) et surtout de redessinner les fondements d'un Etat et d'un secteur public aux abonnés absents depuis le début de la guerre civile. Pour preuve,aujourd'hui, l'ensemble des services sont privés (éducation, santé, énergie) si bien que Mogadiscio semble être devenue, par la force des choses, la capitale du libéralisme sauvage.
                                                                 432px-Somali-war-12252006-1952.svg.png
                                    Carte 1 : Les provinces autoproclamées indépendantes de Somalie :
                                                                               
(source Wikipedia) :

Plus récemment, les combats se sont de nouveau intensifiés à Mogadiscio. En juin 2006, les Tribunaux Islamiques, un groupe militaire soutenu par l'Erythrée (Etat limitrophe à l'Ethiopie) et par d'autres réseaux islamistes, se sont emparés de la capitale somalienne. Etant farouchement opposés au gouvernement fédéral, les Tribunaux Islamiques ont semblé maîtriser la situation jusqu'à l'entrée dans le conflit de l'Ethiopie. Partisan du régime fédéral et craignant une contagion du mouvement islamique, l'Ethiopie est intervenue en décembre 2006, afin de chasser les Tribunaux Islamiques de Mogadiscio. Si l'Ethiopie a réussi son opération, les combats ont été sanglants et ont tué de nombreux civils. Pour autant, la situation n'est pas apaisée : les troubles et les insurrections perdurent. Les Tribunaux Islamiques, alliés à des milices claniques, tentent régulièrement de reprendre le contrôle de Mogadiscio. De nombreuses exactions sont commises et malgré les appels des ONG présentes sur place, la réaction des organisations internationales est minime ... Dans ce contexte, l'exil de Mogadiscio prend tout son sens. Livrés à eux-mêmes, relégués au second plan par la communauté internationale qui semble davantage focalisée sur la crise du Darfour plutôt que par la situation humantaire à Mogagiscio, les citadins fuient la ville.


Par ailleurs, le conflit somalien démontre comment une guerre civile,donc par essence nationale, mettant au prise des clans tribaux, peut s'embraser et se transformer en conflit régional
. Le soutien apporté par l'Erythrée aux Tribunaux Islamiques et surtout l'intervention armée de l'Ethiopie ont changé la nature du conflit. A cet égard, l'Ethiopie a été véhément critiqué par l'Union Africaine et plus globalement par la communauté internationale pour son intervention unilatérale dans le conflit somalien, qui a été perçue davantage comme un acte destabilisateur plutôt que salvateur. 


           
La Somalie et sa capitale Mogadiscio sont donc aujourd'hui dans une situation plus que critique. L'exil massif dont est témoin la capitale somalienne ne semble attirer l'attention que des ONG présentes sur le terrain. Affrontements quotidiens entre milices claniques, gouvernement fantôme réfugié au Kenya et soutenu par l'Ethiopie, services publics devenus privés engluent les habitants de la capitale dans une misère irréductible qui les pousse à fuir Mogadiscio. Exception mondiale, la Somalie est aujourd'hui le seul Etat à être victime d'un exode ... urbain.

par Cyril publié dans : Afrique
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Dimanche 2 décembre 2007

                Ce blog doit théoriquement parler de l'actualité enterrée, reléguée au second plan. Une fois n'est pas coutume, cet article concerne un évènement récent et relativement étrange: le tirage au sort de l'Euro 2008.

En effet, en regardant le groupe de la France, il est possible de se poser quelques questions. Comment est-il possible que le vainqueur de la dernière Coupe du Monde, l'Italie, le finaliste de la même édition, la France et les Pays-Bas, pays reconnu pour ses qualités footballistiques et réservoir de talents, soient dans le même groupe ? Sans oublier la Roumanie, potentiel outsider, qui a d'ailleurs terminé devant les Pays-Bas dans son groupe de qualification (victoire 1-0 à domicile et match nul 0-0 à Amsterdam). Les deux premiers du groupe étant qualifiés pour les quarts de finale,
ceci signifie qu'une grosse écurie et qu'un potentiel outsider seront éliminés ou que deux "ogres" passeront à la trappe dès le premier tour.

Comparativement aux autres groupes, le groupe C auquel appartient à la France est clairement le groupe de la "mort". Cependant, en observant les chapeaux, c'est-à-dire les groupes dans lesquels sont placées les équipes avant le tirage, il est possible de noter que celui-ci aurait pu être certes meilleur mais également pire (si si c'est possible !).

Chapeau 1 : Autriche, Grèce, Pays-Bas, Suisse

Chapeau 2 : Croatie, Italie, République Tchèque, Suède

Chapeau 3 : Allemagne, Espagne, Portugal, Roumanie

Chapeau 4 : France, Pologne, Russie, Turquie

Ainsi, à la place de la Roumanie, le Portugal aurait pu être tiré au sort. Imaginons ce scénario : trois des quatre demi-finalistes de la dernière Coupe du Monde se seraient retrouvés dans le même groupe ... L'objectif du premier tour d'un tournoi de grande envergure étant d'effectuer une sélection afin qu'en théorie les meilleures nations se retrouvent au second tour, il est impensable d'imaginer que le Portugal, la France, les Pays-Bas et l'Italie puissent se retrouver dans le même groupe ; pourtant, le hasard aurait pu proposer ce scénario, qui aurait certes proposé un spectacle attrayant dès le premier tour mais qui aurait été à coup sûr préjudiciable pour la suite de la compétition.

Comment sont réparties les équipes dans les chapeaux qui préfigurent le tirage ? Selon des critères obscurs pour ne pas dire vaseux. Les sélectionneurs eux-mêmes l'ignorent la plupart du temps et laissent l'UEFA constituer les chapeaux, s'étonnant ensuite du résultat. Ainsi, en observant la répartition des équipes , il était certain qu'un groupe de la "mort" allait émerger. Un nouveau mode de répartition semble donc nécessaire pour éviter ce type d'écueil et renforcer l'intérêt de la compétition. Privilégier les résultats obtenus par les équipes aux dernières compétitions internationales, à savoir la Coupe du Monde et l'Euro, et compenser par les résultats obtenus lors des qualifications permettraient d'obtenir une représentation de la valeur des équipes assez juste et harmoniserait la compostion des chapeaux. Ce système pourrait être basé sur un calcul de points de ce type :

Participation à la dernière Coupe du Monde : 50 points
1/8ème de finale : 70 points
1/4 de finale: 80 points
1/2 finale: 90 points
Finale: 120 points
Vainqueur: 150 points

Participation au dernier Euro : 25 points
1/4 de finale : 50 points
1/2 finale : 60 points
Finale : 80 points
Vainqueur : 100 points

Premier du groupe qualificatif : 50 points
Second du groupe qualificatif : 25 points

Pays organisateur(s) : 50 points

En imaginant ce système, calculons le nombre de points de chaque équipe :
- Allemagne : 90 + 25 + 25 = 140 points
- Autriche : 0 + 0 + 50 = 50 points
- Croatie : 50 + 0 + 50 = 100 points
- Espagne : 70 + 25 + 50 = 145 points
- France : 120 + 50 + 25 = 195 points
- Grèce : 0 + 100 + 50 = 150 points
- Italie : 150 + 25 + 50 = 225 points
- Pays-Bas : 70 + 60 + 25 = 155 points
- Pologne : 50 + 0 + 50 = 100 points
- Portugal : 90 + 80 + 25 = 195 points
- République Tchèque : 50 + 60 + 50 = 160 points
- Roumanie : 0 + 0 + 50 = 50 points
- Russie : 0 + 25 + 25 = 50 points
- Suisse : 70 + 0 + 50 = 120 points
- Suède : 70 + 50 + 25 = 145 points
- Turquie : 0 + 0 + 25 = 25 points

A la suite de ce calcul, il est possible de placer les équipes dans les quatre chapeaux selon leur nombre de points. De cette manière, le niveau des chapeaux se trouve homogénéisé.

Chapeau 1 : France, Italie, Portugal, République Tchèque

Chapeau 2 : Espagne, Grèce, Pays-Bas , Suède

Chapeau 3 : Allemagne, Croatie, Pologne, Suisse

Chapeau 4 : Autriche, Roumanie, Russie, Turquie

Bien sûr, ce mode de calcul pourrait permettre à un groupe de la "mort" d'émerger, puisque par nature, l'Euro est une compétition relevée où seul seize équipes s'affrontent ; néanmoins il en réduirait les chances et surtout rendrait une logique au tirage au sort, qui aujourd'hui semble faire défaut.

              En attendant, le compte à rebours est lancé ; l'Euro va arriver à grands pas sur nos écrans de télévision et le jeu des pronostics peut commencer ! Peut-être qu'une nouvelle équipe surprise se révèlera, comme la Grèce en 2004 ... Et pourquoi pas la Roumanie ?

par Cyril publié dans : Coup de projecteur
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Mardi 27 novembre 2007

            Le 10 décembre ... Voici une date peu mémorable dans l'Histoire, excepté pour la commémoration de la naissance de la  Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948. Le 10 décembre 2007 pourrait être plus funeste et marquer le début d'une nouvelle période de troubles dans une région déjà particulièrement endeuillée ces dernières années : les Balkans.

Il est vrai qu'on aurait presque oublié le Kosovo, cette petite province de quelques milliers d'habitants située aux confins de la Serbie et de l'Albanie, mais qui aspire à l'indépendance depuis une dizaine d'années. En réalité, le statut du Kosovo est un problème plus ancien, inhérent au processus de dislocation de l'Ex-Yougoslavie. Dès 1989, le Kosovo avait réclamé une autonomie beaucoup plus poussée et les mouvements nationalistes s'exacerbaient comme dans l'ensemble des territoires yougoslaves. Relégué au second plan lors de la guerre en Ex-Yougoslavie (1991-1995), le problème du Kosovo s'est intensifié jusqu'à éclater au grand jour en 1999, lorsque l'armée serbe est intervenue de manière drastique en déplaçant les populations albanaises du Kosovo afin de protéger la minorité serbe. La communauté internationale est ensuite intervenue pour éviter que des massacres semblables à ceux perpétués  durant la guerre en Ex-Yougoslavie se produisent. Depuis, que sait-on du Kosovo? Rien ... Force est de constater que cette petite province, ridicule aussi bien d'un point de vue territorial, énergétique qu'économique, intéresse peu les médias, excepté lorsqu'elle menace l'équilibre européen voire international.

Cependant, dans quelques semaines, voire quelques mois, le Kosovo pourrait retrouver son heure de gloire dans nos médias. En effet, le 10 décembre, le mandat de l'ONU prend fin et à l'heure actuelle le statut du Kosovo n'est toujours pas défini : la province réclame l'indépendance dans sa pure et simple expression tandis que la Serbie lui offre 95% d'autonomie. La Troïka, mandatée par l'ONU et composée d'un représentant des Etats-Unis, de l'Union Européenne et de la Russie n'a pas réussi à trouver un compromis qui satisferait les deux parties et semble se dirigier vers un échec total de sa mission de médiation. Comment expliquer un tel blocage des négociations ? Ernest Renan est une réponse possible : "la nation repose sur le désir de vivre ensemble". Or, ce désir s'est évanoui depuis une vingtaine d'années ... Les kosovars, très majoritairement albanais, (cf carte1) ne s'estiment plus serbes et aspirent à créer leur propre Etat-Nation. 

                                                Kosovo-Population.gif
                                                           Carte 1 : Répartition ethnique au Kosovo :

Soutenus majoritairement par la communauté internationale, ils disposent d'une légitimité de fait établie selon les valeurs occidentales (aspirations des Peuples à devenir libres, droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes etc). A l'inverse, la Serbie considère le Kosovo comme partie intégrante de son territoire et estime que l'indépendance serait une véritable violation de son intégrité (imaginez que le Limousin manifeste son désir d'indépendance?Quelle serait la réaction de la France? Bon, ok, c'est irréel et peut-être que tout le monde s'en fouterait après tout vu que ce n'est que le Limousin mais bon ...- je rigole bien sûr-). Il n'en reste pas moins que le traumatisme de la guerre en Ex-Yougoslavie , le sentiment de victimisation accentué par le Tribunal Pénal International pour l'Ex-Yougoslavie ont affligé la Serbie si bien que l'indépendance du Kosovo est perçue comme la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Néanmoins, le Kosovo est clairement amené à devenir indépendant à plus ou moins long terme, car il est difficile de lutter contre la volonté humaine, surtout quand celle-ci risque de s'exaspérer dans la violence.

Désormais une question demeure ... Que va-t-il se passer après le 10 décembre et quels sont les scénarios envisageables ? Le premier scénario, de loin le plus préjudiciable et relativement probable , serait une déclaration unilatérale d'indépendance des autorités kosovares. Comme en 1991, lors de la proclamation d'indépendance de la Slovénie et de la Croatie, elle plongerait la communauté internationale dans une situation délicate puisqu'Etats-Unis et Russie s'opposent tandis que l'Union Européenne est divisée sur le sujet, bien que majoritairement favorable à la reconnaissance de cette indépendance (à cet égard, il faut arrêter l'hypocrisie comme quoi ce ne sont pas les grandes puissances qui gèrent les conflits ... C'est elles qui décident quand il s'arrête, comment il se finit et surtout quel(s) belligérant(s) apparaissent légitimes). L'Union Européenne, en particulier la Slovénie qui aura à assurer la présidence de l'UE le premier semestre 2008, s'évertue à trouver une position commune sur le statut du Kosovo, très délicate à obtenir.Ce scénario laisserait la porte ouverte à un conflit armé et conduirait à la destabilisation des Balkans, région qui se caractérise déjà par un équilibre précaire. En effet, la reconnaissance par la communauté internationale de l'indépendance du Kosovo créerait un précédent : pour la première fois, une région appartenant à un Etat et non un Etat au sein d'une fédération pourrait se déclarer indépendant. La conséquence serait désastreuse pour les Balkans, notamment pour la Bosnie et la Macédoine, où les minorités fortement présentes pourraient faire sécession avec l'Etat et conduire à leur éclatement (cf carte2).

                                                  Population-en-Ex-Yougoslavie.jpeg 
                                                     Carte 2 : Répartition ethnique en Ex-Yougoslavie :

Ce problème est également international car d'autres Etats comme la Russie ou le Brésil pourraient être concernés par une telle prise de position. Le deuxième scénario, plus optimiste, consacrerait la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo par les serbes sous médiation de l'UE (qui prend le relais de l'ONU le 10 décembre).Cependant, ce scénario paraît compromis tant le désir d'indépendance est fort, comme en témoigne la victoire aux législatives du parti indépendantiste d'Hashim Taci, ex-chef de la guérilla albanaise, le 17 novembre dernier. L'UE, se tournant vers cette solution, devra déployer de nombreux moyens diplomatiques et financiers pour calmer à la fois l'ardeur des kosovars et actionner  le levier dont elle dispose, à savoir le futur de la candidature serbe à l'UE. Enfin, le troisième scénario, peu réaliste, suivrait les propositions serbes (à savoir une autonomie très importante accordée au Kosovo)  et se baserait sur le début de négociations sous égide européenne en vue d'accorder l'indépendance à la province sur le long terme (10, 20 ou 30 ans). Scénario sage puisqu'il permettrait au Kosovo de se développer économiquement (60% de chômage, fuite des jeunes vers l'étranger) grâce aux aides financières de l'UE et aux serbes de se préparer à l'indépendance dans les meilleures conditions mais qui demeure idéaliste dans la situation actuelle.

          Ainsi, le Kosovo, qui n'a été qu'un vague souvenir dans nos mémoires pendant une dizaine d'années, risque  de nouveau de se retrouver sous les feux des projecteurs alors que la communauté internationale, en particulier l'UE, risque de se retrouver propulser sous les feux des critiques pour sa lenteur à considérer le problème kosovar.

par Cyril publié dans : Europe
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